Cette fille en MG

Je devais remonter la voiture de Jack, de Nice à Paris.
Une voiture "de collection"…
Je suis arrivé chez lui par train et bus en fin de matinée.
J’étais à Lyon pour la semaine, alors remonter de Nice en MG, j’avais pas su refuser…

— Je te fais confiance hein, pas déconner c’est une veille dame…
— Pas de problème Jack, je vais la bichonner cette caisse.
— Tiens, les clés. Bon, t’affoles pas pour l’essence, le moteur roule au 95, la conso est juste hors norme…
— Conduite à droite, vert anglais, velours et cuir… Joli modèle.

Un tour de clé et le bruit du démarreur typique lance le V8 guttural.
Ça dégagerait les bronches d’un sourd, avec ces infrabasses…
— Okay, je vois à ton sourire que ce retour devrait pas trop de coûter, Gonzaaague.
— Ça devrait aller bonhomme…
— Ciao Bello, bonne route. Appelle-moi à Paris.
— Ciao.

Une MG B GT de 75, moteur V8, toit découvrable, roues fils, j’en revenais pas.
Une "3,5 litres", ça promet quand même pas mal d’arrêts à la pompe…
Ça doit tourner entre 12 et 15 litres ce bijou.
Dans un feulement félin, la machine s’anime avec un instinct animal.
C’est parti….

…. Je roule depuis 180 kilomètres, au ras du sol, dans une double carbu à la voix grave… Un compteur gradué à 220, mais l’aiguille gentiment bloquée à 110, bien suffisant pour enquiller les 800 bornes à franchir…
Un panneau m’indique la prochaine station à 45kms
Je jette un coup d’oeil sur la jauge.
La petite aiguille blanche descend presque à vue d’oeil avec un bruit de boit-sans-soif obscène en fond sonore…

Je me fais doubler par des Porsche et autres Audi depuis deux heures, des engins résolument ancrés dans le troisième millénaire, pendant que ma jolie monture du milieu du XVè m’emmène allègrement et sans le savoir vers de nouvelles aventures dans un grondement du tonnerre…

Mon arrivée en Do majeur à la pompe tourne les têtes des fumeurs de clopes devant l’échoppe.
75 décibels se garent entre les voitures banalisées.
Pas vraiment discret.
Premier arrêt à la pompe, je vais lui remplir les babines de bibine.
Cette mécanique charpentée en alu et baignant dans l’huile de vidange respire l’union jack. Elle a déjà drôlement soif…
J’en profite pour aller chercher un café en plastique juste après le plein.
Les fumeurs de clopes, gardiens temporaires du baraquement criard essayent de faire la relation mentale entre ma monture et moi.

En sortant du préfabriqué inondé de néons et d’accents étrangers, je vois une jolie demoiselle qui doit avoir la moitié de mon âge sur le parking.
Elle reluque la MG, j’hésite à décider qui est la plus sensuelle des deux…
— Vous remontez sur Paris ? Vous m’emmenez gentil gentleman… ?
dit la sympathique créature, culottée, mais néanmoins en mini short.

— Comment savez-vous que je vais sur Paris ?
— Je le sais puisque vous m’emmenez !

Epilogue

Au deuxième arrêt 250 kilomètres plus loin, je connaissais déjà toute sa jeune vie.
J’ai écouté d’une oreille distraite sa jolie voix, mes gants en cuir attachés pour l’instant à mon destrier anglais, le lecteur de cartouches huit pistes de toute façon en panne.

Au troisième arrêt, c’était pour appeler Jack.
— Je crois que je vais garder ta voiture quelques jours si c’est possible…
— Tant que tu la bichonnes pas de souci mon coco.

Au quatrième arrêt, je connaissais le goût sucré des lèvres de Morgane.
Amusant de remonter la France en MG avec une Morgane. Pourquoi Jack n’a-t-il pas acheté une Morgane pensais-je ?
Ce quatrième arrêt, c’était chez moi. C’était bien. Morgane était parfaite, son jeune âge et sa candeur, celle du troisième millénaire étaient compatible avec mes idées du siècle dernier. La nuit a été sensuelle, la veille a été sensuelle.
Je prépare un petit dej de mon cru au moment où Morgane s’étire…
— Tu vas bien Gonzaaague ?
— Parfait oui, et toi ?
— Ça fait longtemps que tu roules en …MG ? me dit ma camarade de jeu s’installant devant le sucré proposé
— Elle n’est pas à moi, je rends service à un copain…
— Elle est pas à toi ? dit-elle sur un ton un peu candide, les cheveux ébouriffés, la tartine de marmelade dégoulinant dans son café noir…
— Non je t’assure, moi, je roule en scoot’ dans Paris, c’est plus simple…

Morgane pose sa tartine, vide de marmelade, lèche un doigt, collant de marmelade.
Prend son air le plus félin et s’approche de moi doucement.
Son tee shirt lui arrive au dessus du nombril, et ses longues jambes fines et blanches bougent à peine pour avancer lentement.
Elle s’arrête lorsque nos corps se touchent, descend sa bouche près de mon oreille en me disant :
— Tu peux me déposer en scooter alors, je crois que je suis déjà en retard…

Cette fille aux lofts

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Rendez-vous à 17h quartier Voltaire.
L’annonce sur Lofts & Associés promet des volumes hors du commun.
Voilà qui est excitant, mais c’est surtout l’occasion de la revoir.
Cette fille aux lofts.

— Monsieur Gonzaaague…
— Mademoiselle… c’est comment votre nom, déjà ?
— Stéphanie mais vous pouvez m’appeler Mademoiselle Duchêne, hihi.

C’est vrai qu’en plus, j’avais lu "Duchêne" sur sa carte de visite. Elle était dans ma poche, mais bon, pas envie de relire sa carte. Je préfère regarder ses lèvres articuler son nom…
Bruit du gros trousseau de clés sur la lourde porte blindée peinte et repeinte en blanc. Elle s’ouvre.

— Par ici.
— S’il vous plait.
— Merci. Alors il s’agit d’une ancienne fonderie devenue salle de danse. C’est l’architecte Lowney du cabinet Lowney & Sons qui l’a rénové en 2009. Deux cents cinquante mètres carrés. Verrière, terrasse, 3 chambres. Le nec Monsieur Gonzaaague…
— Vous pouvez m’appeler Gonzaaague…
— Hihi, comme vous voulez…
— Ce loft est disponible de suite ?
— Oui, nous l’avons rentré semaine dernière, et mis sur le site dès mardi.
— Oui, je l’ai vu sur le site à vrai dire, il fait partie de ceux que je souhaitais visiter
— Vos exigences ont été notées. C’est un achat que vous compter faire avant l’été ?
— Non, c’est uniquement pour vous revoir, je crois que j’aimerais bien coucher avec vous mais le seul prétexte minable que j’ai trouvé, c’est de jouer à l’acheteur potentiel, pensais-je dans ma tête de Gonzaaague… — Avant l’été si je trouve la perle rare, lui dis-je avec un sourire à peine dissimulé.
— Pour rien vous cacher, le marché est vraiment sinistré depuis deux ans au moins. Mais pas pour ce genre de lieu atypique qui intéresse toujours. Vous vivez seul ?
— D’après vous ?
— Oui, je pense que vous n’êtes pas marié.
— Combien ?
— Une unité et demie, négociable.
— Visitons alors… en lui passant la main sur la taille pour l’inviter à avancer.

Le lieu est vaste effectivement. Encore meublé. Un tronc d’arbre – un chêne – perfore l’une des passerelles pour monter les 5 mètres sous plafond, les murs sont blancs immaculés, un merveilleux parquet bouleau assoit le sol sans demi-mesure. La lumière est zénithale et des idées de déco me viennent à chaque pas… Une vaste pièce à vivre, avec un escalier qui mène aux coursives, puis… aux chambres.

— Comme vous pouvez le voir, l’état est impeccable.
— Effectivement. Et ma visiteuse est très jolie… Des courbes parfaites, comme cet escalier qui nous amène vers la terrasse (pensais-je..).
Nous entamons alors une sorte de danse rituelle. Lorsqu’elle s’avance vers moi, je change subitement de direction pour m’intéresser à un détail. Son stylo note des bribes de mots, et se replace à chaque fois sur sa lèvre inférieure. Je remarque un regard appuyé juste à ce moment. Lorsque c’est elle qui mène la danse, sa voix devient plus forte, nous tournons une page de la partition pour chaque changement de pièce lors de la visite. Si le soleil est placé derrière elle, sa position sera invariablement "dessin de silhouette dans la lumière", pour me déstabiliser un peu, à coup sûr…

— D’autres questions pour cette espace ?
— Non, continuons…

Je reste silencieux, j’imagine des fêtes entre amis, mais aussi des séances de photos avec des modèles. Je ne suis pas photographe, mais qui l’est vraiment aujourd’hui ? Avec un lieu pareil, je prends quelques cours privés et je m’installe mon petit studio…
En montant l’escalier, Mademoiselle Duchêne a eu l’imprudence de passer la première. Je remarque que cette créature a de bien jolies jambes, que j’avais déjà entr’aperçu dans la lumière du soleil qui descend…

— Nous voici sur la terrasse.
— Superbe, c’est la cerise sur la gâteau…
— On distingue tout Paris d’ici, c’est une merveille.
Je m’agrippe à la rambarde de métal. Stéphanie pose sa main presque sur la mienne.
— On voit parfaitement de beaux édifices d’ici.
— N’est-ce pas…
Sa chevelure volette et me gifle le visage.
— Pardon, c’est le vent.
— Oui, ça doit être ça… dis-je avec un sourire idiot.

Je regarde Stéphanie, en ayant remarqué que son visage, doux et frais, donne à réfléchir sur la signification du mot craquant. Est-ce son sourire, sa manière d’articuler les syllabes, la musique que cela crée… je reste figé sur cette question…

— D’environ 40 mètres carrés, cette terrasse végétalisée ne donne sur aucun vis-à-vis. — Oui, c’est parfait. En pensant que sa phrase semble apprise par coeur.
— Enfin si.. hum, on distingue juste une autre terrasse sur l’immeuble d’en face, plus petite, et habitée par une demoiselle, en bikini visiblement. Vous avez vu ?
— Oui, il fait beau en cette première semaine d’Avril, une vraie belle semaine de beau après les mois de grisaille sur Paris…
— Normal alors de voir des demoiselles en bikini sur les toits de Paris…
— Oui, ça devrait sautiller de partout bientôt…
Sourires.

Au fond de la terrasse, entre des pots surdimensionnés de bambous bohème, un petit jacuzzi.
Je m’approche de l’installation.
— Pourquoi pas un jacuzzi (tous les deux Stéphanie ? Je suppose que c’est votre dernier rendez-vous ce soir… pensais-je dans ma tête pleine de phéromones et d’idées saugrenues…)
— Je ne serais pas téméraire, je vous offrirais bien un jacuzzi avec moi, mais je me demande bien ce que vous penseriez de moi…. me dit-elle !
Je regarde Stéphanie, cueilli.

Epilogue…

Dans un restaurant de Saint-Germain, un peu plus tard…
— Franchement le coup du jacuzzi, tu m’as scié !
— J’étais sûre de te troubler… Depuis que je suis dans ce job, je ne pense qu’à te revoir, et l’autre jour, tu pousses la porte de Lofts et A. Je m’étais promise de ressortir avec toi tu sais, on s’aime tous les deux, c’est comme ça…
— Oui, même si on se voit tous les quatre ans
— hahaha…
Son rire était comme il y a 4 ans. Quatre ans déjà…
— Oui, et je ne m’en doutais pas figure-toi… J’ai laissé faire…Au contraire, je voulais jouer à celui qui est sérieux, mais franchement, des idées venaient se télescoper pendant la visite, impossible de résister…
— Au fait ! Tu m’as pas dit…. Tu l’achètes ou pas ?
— hahahahahahaha
Nos rires à l’unisson laissait augurer une belle soirée complice de retrouvailles…

Clémentine, cette fille au vélo

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Paris Village.
Tous les moyens sont bons pour avancer dans cette ville à l’arrêt.
Les bus bondés, lourds et aériens.
Les métros chargés, légers et souterrains.
J’avais rencontré Clémentine chez Angel, mon artiste de l’étage du dessous.

Clémentine ne se déplace qu’à vélo. Un moyen rudimentaire et terrien.
J’aime bien les filles à vélo. Celles qui portent des petits jupes en été. Celles qui ont un port de tête comme dans la pub Belle des Champs. Celles qui ondulent de la croupe à chaque tour de pédale.
Clémentine est de cette catégorie, jolie en toute circonstance. Et même sans son vélo.

Un dimanche, il fait beau. Clémentine a dormi chez Angel, et Angel avec moi, dans son lit.
On a tout mélangé. Les alcools, les prénoms, les pétards, les fumées, les plumards.
Encore une soirée beaucoup trop exagérée. Mais les cadavres étaient exquis. On a vu le jour se lever, c’est pas rare au petit matin.
Stan a quitté Angel un peu avant, quitté-quitté, alors léger chaqrin d’amour, quatre cents sms, quelques larmes aussi. Angel qui déchire des toiles… ou qui y jettent des pots de peinture. Pas mal la spontanéité, je lui ai dit de pas tout déchirer. Non, j’exagère, Stan et Angel, une simple aventure parisienne, rien de plus, rien en trop. Alors on arrose ça, et Clémentine débarque. A vélo.

Ce dimanche il fait clair, et Clémentine nous propose de nous balader à vélo.
Vélib’ pour Gonzaaague, vieux clou de bobo pour Clémentine, Angel dans le panier de Gonzaaague.
Paris en vélib’, il y a un petit côté balade dans le village.
Mais la Capitale dans les côtes, on y respire des microparticules.
Clémentine est comme on dit, de la haute. Une nana à particule.
Et Angel cet oiseau, cotoie des aristos, je ne savais pas qu’un ange pouvait croiser des oisifs.

— "Gonzaaague, tu fais quoi dans la vie ?"
— "Comme toi Clémentine, j’étudie le monde depuis le centre" dis-je en regardant le cul d’Angel dans le panier.
Angel me lance un regard en tournant la tête en arrière — "Et moi, j’étudie le Gonzaaague dans le texte…" dit-elle de toutes ses dents.

On zigzague à deux à l’heure tous les trois, dans les petites rues du bas de Montmartre. J’en chie comme un russe, mais pas question de poser le pied à terre, question de fierté.

— "Moi, je fais rien, c’est plus simple" lance Clémentine. Deux passants se retournent sur ces paroles obscènes. Cette dernière phrase rebondit dans mon cerveau plusieurs fois… "Moi, je fais rien, c’est plus simple"… Clémentine était tout sauf simple, et faisait un million de choses, c’était très amusant

Mon vélo zigzague car on va pas assez vite, et Angel, malgré ses 45 kilos de sensualité, fait plonger tout le poids de l’assemblage vers l’avant.
— "Moi, je tente de vivre du vent que je produits" rétorque Angel. Ce qui est inexact car elle ne vend rien en ce moment. Un souffle de vent souleve ses cheveux.

Clémentine est une rousse aux cheveux bouclés, longs, épais, sexuels.
D’ailleurs tout est provocateur chez elle, de sa plastique à son emploi du temps.
Sauf son vélo peut-être, et encore…
On décide de monter au Sacré-Coeur, mais à pieds. On range les clous contre une grille peinte en verte, près du passage clouté métro Anvers.

Dans le grand escalier vers la Basilique, on s’y assied à mi-chemin.
Le funiculaire déplace lentement en translation oblique des gens avec des yeux ronds vers le sommet. Certains nous regardent, d’autres l’oeil vitreux attendent façon ascenseur.
En guise de musique éponyme, un accordéoniste tente un air canaille, mais c’est merdique. De notre pont de vue, on peut aussi voir ceux qui redescendent, avec les mêmes yeux ronds, vers les boutiques à touristes un peu plus bas. De notre point de vue, je regarde aussi Clémentine, qui est bavarde, qui tord parfois sa bouche avec des airs un peu hautains, et Angel, tout aussi volubile, dans un tout autre genre. Ça m’amuse. Je ne dis rien, et ça ne se remarque pas.

Epilogue.

Clémentine : — "Vous vous aimez depuis quand ?"
Je regarde Angel, qui me laisse répondre — "On s’aime pas tant que ça puisqu’on couche juste ensemble" et elle ajoute "et encore, je dois venir chez Zaaag bien moins que lui dans mon lit…". Je poursuis — "faut dire, son appart est plus sympa que le mien, j’aime bien ce bordel beaux-arts".
— "Ouais Zaaague, quand je dessine pas ton zizi avec ma copine, hahaha…"
Clémentine : — "j’ai loupé quelque chose, tu poses Gonzaaague ? "
Moi : — "Mais non, je pose pas, je tombe dans des traquenards de graphistes, de mignonnes graphistes…"
Angel : — "De graphistes canons, Zaaaaaaag’"
— "Canon, oui" dis-je un grand sourire.
Clémentine : — "Qu’est-ce qu’on fait les amoureux ce soir ? "
Angel et moi en choeur : — "On est pas amoureux ! On couche ensemble !"
Trois personnes âgées changent de trottoir en s’approchant de nous.

La fille marelle

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Corinne.
La joie incarnée.
Ce jour là, j’ai appris quelque chose de nouveau.
On apprend tous les jours quelque chose de nouveau à l’école.
Et certainement toute sa vie.
Ce jour j’ai appris quelque chose d’important.
On apprend des choses importantes à l’école. Et aussi dans les cours de récré.
Corinne. 9 ans, mais bien plus.
Gonzaaague, 8 ans et demi, mais bien moins. Mais ce jour là, j’ai grandi.

On a joué à la marelle. Tous les deux.
Un jour avant l’automne. Un dessin à la craie sur le bitume. Des petites boules de mousse verte dans les interstices. Les premières feuilles mortes. L’odeur de la terre et de la candeur. Des rires et des lancés de palets. Qui glissent au sol, de la Terre au Ciel.
1-2-3-4-5
je prends le palet. Retour à cloche-pied.
Je décide de tricher, et laisser gagner Corinne.
Juste pour voir ce qui va se passer…

Epilogue

Sous le préau, le lendemain, récréation. A l’abri de la pluie battante, je sens Corinne respirer près de moi. Pas de marelle aujourd’hui. Un lac à la place, et des lumières glacées.
Corinne me parle, je n’entends rien. Je regarde sa belle petite bouche bouger, articuler des choses que je ne distingue pas. Sa peau est rose, elle semble douce.
Elle prend ma main, m’entraine derrière l’un des grands piliers.
Elle me parle à l’oreille, je ne saisi qu’un mot : "secret"
La pluie redouble. Mes copains regardent les éclairs. Ma maitresse fait des signes aux jeunes spectateurs pour qu’ils reviennent en classe.
Soudain, je me retourne vers Corinne qui m’embrasse sur la bouche.
Dans la même seconde, je sens de l’électricité dans mon échine. Mes joues rougissent, ma tête cogne, et une chatouille parcourt mes reins.

Ce jour là, j’ai appris que la foudre ne tombe pas uniquement du ciel.

Elle déménage cette fille

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Hub déménage. Il quitte enfin son bouiboui crado de la rue de Rennes.
Direction le deux pièces de sa nouvelle copine. Betty.
C’est du sérieux, je ne sais pas encore. Oui, faut croire.
Lui, il y croit. Je suis partagé entre deux sentiments, content pour lui, mais triste pour moi.
Ça fait un moment qu’ils se voient, qu’ils partagent des trucs.
De là à vouloir habiter ensemble, enfin… empilés ensemble plutôt.
Elle, c’est une petite rouquine, des tâches de son, beau sourire, des cheveux courts en bataille. Je suis sorti avec il y a deux ans. Je suis vert, mais c’est du passé.
Hub ne l’a jamais su, et Betty m’a demandé d’effacer cette histoire de ma mémoire.
Effacer, mais on peut jamais complètement.

Hubert et Betty vont bien ensemble.
Un tableau de Monet sonorisé avec Sandinista.
Rendez-vous rue de Rennes aux aurores.

Paris, le matin tôt, c’est un bonheur.
Paris ne devrait exister qu’en mode "matin tôt".
L’air est frais. Les balayeurs qui arrosent les trottoirs, les caniveaux qui dégueulent d’eau pour nettoyer les rues en pente.
On circule facilement, les lèves-tôt sont moins arrogants, quand on en croise.
Hub est arrivé en scooter, il n’a pas de bagnole.
Je me demande même s’il a un jour passé le permis.
Je suis arrivé en Volkswagen, j’ai pas trouvé plus petit.

Une vieille Volsk orange immatriculée en Allemagne. Elle sent l’essence, c’est une voiture mécanique, zéro électronique. Un prêt pour la semaine de mon garagiste et néanmoins demi-frère.
Pratique, mais pas commode.

— Un déménagement vintage, ça te dit Hub ?
— Salut Gonzaaague, sympa ta caisse. Pas simple à remplir, mais sympa.
— Regarde derrière, il y a même le stick "Atomkraft, nein Danke"
hahaha. Ça change tout ! L’esprit seventies, je te reconnais bien là.

Dans son logement polypocket, quelques boites prêtes, de la vaisselle dépareillée, des piles de bouquins cornés, quelques vinyls, un Revox et des bandes 19.
— Tu le gardes le Revox ?
— Ché pas vieux, j’ai mille fois trop de choses, l’appart de Betty est super petit, et il est déjà plein à craquer.
— C’est craquant… Bon ça va, tant que vous êtes deux…

Il me regarde, l’air idiot… Un silence.

— Heu, tu veux dire…
— Ben ouais mec, je crois bien que… oh putain, galère…
Je tape sur l’épaule de mon copain et lui dit — Tu vas voir, ta vie va être géniale.
Je déplace les boites en pensant à Betty. La nouvelle m’a rempli de tristesse, la page est bien tournée, définitivement. Merde.

On a du réveiller Paris ce matin-là. La coccinelle pétarade pas mal, effet écho garanti dans les petites rues du 5ème, on s’approche de chez Betty.
— Dis donc, ta copine habite pas très loin de chez moi…
— Non, elle habite à une rue je crois bien.
— Ah, salut voisin ! dis-je avec un sourire qui n’y croit pas.
Putain, ils habitent à un jet de pierre de MON quartier, ma rue. Betty, merde, qu’est-ce que tu fous dans mes pattes ?…

Epilogue

Garer une coccinelle, vous avez essayé ?
Un truc étonnant sur cette auto, ce sont les pédales, quasi verticales, pas une mince affaire pour faire patiner l’embrayage. Niveau visibilité, nada. Les ailes sont très rondes, et les pare-chocs placés à 2 mètres de la voiture. Je recule. Boum, dans la Lada qui fait un bond. Je braque, boum, dans la Ka qui saute sur place.

Betty vient nous saluer. Elle est comme d’habitude, avec un je-ne sais-quoi de plus…
Charmante et délicate, toujours son petit sourire en coin. Un regard appuyé avant de m’embrasser.
— Salut Gonzaaague, sympa ta caisse !
Son parfum m’étourdi une seconde.
— Salut Betty, tu portes toujours Opium ?
— Oui, c’est mon parfum de toujours
— Il te va bien. Sympa ta rue, tu sais qu’on est voisins ?
— Ah super. Bon, les mecs, je porte quoi ?
— Ah tu portes rien, je t’assure
— Pourquoi ?
— Parce que je te le dis, tiens, prends ce petit sac si tu veux, c’est pas lourd, et puis c’est tout.
— Haha, je suis pas en sucre banane, ni enceinte ! Allez, passe-moi ce carton !

Mon regard croise celui de Hub, qui hausse les épaules…
Soudain, un petit chien foufou saute sur mes jambes.  Hey, dégage toi !
Hub me dit — Gonzaaague, je te présente Diabolo, notre bébé !
J’éclate de rire.
— Hub, tu me feras toujours rire !
— Ben pourquoi ?
— Pour rien
Betty me fixe un instant, je tourne la tête vers Betty, qui détourne le regard, sourire en coin.

 

La neige, Angel et l’autre.

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J’aime faire croustiller la neige fraîche.
Il fait nuit et un peu froid sur Paris.
Le quartier est désert. La neige bleue semble irréelle.
Une auto passe de temps en temps. Elle passe près mais semble loin.
Tout semble loin. les sons sont étouffés, c’est ainsi. C’est la ouate.
Pas très malin d’avoir oublié l’alcool. Stan va arriver, et ma voisine doit déjà sonner.

Je tape les bottes sur la pierre. Enlever machinalement la neige des pieds.
Je me retourne pour apprécier encore un instant Paris.
Une dame passe avec son chien. Elle a protégé la petite bête avec un manteau pour chien. J’observe ce scooter qui roule les jambes écartées. Comme un funambule qui ne sait pas encore de quel côté il va tomber. Les flocons continuent à tomber. J’en prends un au coin de l’oeil, comme un coup de courant…

Angel est toute contente de la petite soirée organisée à l’improviste chez moi.
Elle saute sur place et fait des moulinés avec ses mains. Elle parle fort, boit de l’alcool.
Son corps se dandine sur la musique en sourdine. Comme si la neige avait réglé le son de la chaîne. Les lumières sont tamisées. Nous sommes tous assis parterre, sur des coussins.
Stan est arrivé le dernier. Il s’est fait piéger par le temps. Stan, il est grand, les cheveux frisés, l’oeil aiguisé. C’est un grand timide, c’est touchant.
Stan travaille à la télé. Il fait les banc-titres sur les écrans.
Angel, c’est ma voisine du dessous, peintre ou graphiste. Même elle ne sait pas trop.

Quand tout le monde veut fumer une cigarette, on se retrouve penchés à la fenêtre.
Cet instant de convivialité – dans le moment de convivialité – est une scène en soi. Chacun a fait ses choix en matière de drogue douce. Chacun a sa manière d’allumer la tige. De tirer dessus. Les volutes se mélangent aux flocons. La neige sous notre fenêtre sera légèrement nicotinée.

En seconde partie de soirée, quand tout le monde a bien bu, les éclats de rire succèdent aux instants de réflexion profonde. Les sujets sont aussi divers que l’extinction des pingouins blancs sur l’île de Pâques, ou la manière de consommer ses fournitures de bureau. J’ai bien vu qu’Angel plaisait à Stan. Stan me regarde et semble me dire s’il te plait. Angel me sourit un peu gênée. Peut-être a-t-elle peur de trahir notre amitié avec un amour naissant, un Stan qui lui plairait.
La soirée s’achève très tard. Tout le monde est fatigué, la ouate succède à la ouate. Angel et Stan s’en vont. Sur le pas de la porte, un niveau en dessous, j’entends des "salut à bientôt" et une porte qui claque.

Epilogue.

Je décide de descendre à mon tour, profiter encore de ce Paris sourd et enneigé.
La soirée est belle, ou plutôt, les quelques heures avant le petit matin.
Mon téléphone vibre. Je tire une taf sur la Jin-Ling et regarde sur l’écran du smartphone, un oeil fermé car piqué par la fumée. Un flocon tombe sur le sms de Stan. "Dis donc, sympa ta voisine, je veux la revoir"….
Je regarde la neige qui tombe, ainsi qu’un passant sur le trottoir d’en face.
Mon téléphone vibre à nouveau. C’est un sms d’Angel : "T dors ? je ss à ta porte. Je viens de me rendre cpte que j pas le tél 2 Stan. Tu me le files ? Biz"
Mon esprit gambade encore un peu. La neige au sol est toujours bleue nuit, mais ce soir, certains flocons ont des étoiles dans les yeux. J’aime ces instants magiques. Quand deux êtres se plaisent. Ça tient à quoi ? A rien, quelques instants partagés.
J’écrase la cigarette, expire les derniers atomes de tabac vers le ciel.
Et tape mes bottes sur la pierre, avec un sourire.

Paris la nuit, wait et cette fille

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Aniéla me serre de toutes ses forces. J’aime ça.
Dans nos oreilles, cette musique planante.
Le scooter ne semble faire aucun bruit en longeant les trottoirs sombres.
Les piétons enlacés font du surplace. Notre machine fend l’air de la ville. Des autos de luxe glissent sur le bitume, des limousines paradent devant les arches de la rue de Rivoli. On est à contre-sens, les Tuileries pas très loin.
je regarde les lampadaires défiler entre les arbres. Il fait nuit. C’est beau.
Dans nos yeux, les phares des bateaux-mouches.
…Peu de monde dans la Capitale… le décor s’imprime, minuscule, sur une bande magnétique.
Quand je ralentis, l’inertie du deux-roues pousse Aniéla un peu plus contre mon corps.
A ce feu rouge, nos regards sont perdus vers les étages des immeubles bourgeois. Les lumières allumées par endroit, des vies qui se déroulent en musique.
Dans cette ville magique et silencieuse.

Aux feux verts, le Vespa traverse les carrefours comme un doux travelling.
Le scooter épouse les longues courbes pour faire descendre les amants vers les quais.
Comme en apesanteur, nous sommes isolés du monde et pourtant en plein centre.
Des pierres blanches posées sur la Seine vont nous conduire à la maison. Dans le ciel anthracite, la pleine Lune.
J’emprunte le pont de Sully pour rejoindre la rive gauche.
La musique nous transporte loin.

Epilogue

L’iPod est collé sur les oreilles d’Aniéla.
La musique atmosphérique démultiplie l’effet des baisers à peine posés sur sa peau douce.
Son corps frémit et se tord de plaisir. Certaines caresses rythment l’excitation, pour la faire monter à son comble.

La lumière est éteinte.
Mais notre satellite éclaire fortement nos étreintes.

Tout n’est qu’ombres chinoises, jusqu’aux soupirs complices.
Les mains d’Aniéla, expertes en candeur… sa beauté de papier glacé et ses lèvres brûlantes… sa peau si douce capable d’allumer des incendies… par simple friction sur ma peau chaude… nos orgasmes à l’unisson et nos regards hagards…
Oui.
j’adore cette musique ce soir.

Cette fille, copine d’un geek

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Paris, un samedi en janvier.

Il fait beau malgré la saison. Une douceur même inhabituelle je trouve.
Au café à deux pas du Louvre. On y capte bien la Wifi. Mon Mac confortablement installé depuis une poignée de quarts d’heure dans ce coin de l’établissement. Je vois entrer et sortir les gens, j’aime bien. J’aime bien écouter le brouhaha des sons, les odeurs de cafés qui se mélangent à certains parfums très féminins. Un oeil sur la porte, un autre sur l’écran, à relire les quelques feuillets commandés par l’éditeur. Il attend après et mon rendez-vous est mardi prochain. De temps en temps, un chiffre blanc sur fond rouge apparait dans mon dock, sur le picto "mail"

Au comptoir, un petit groupe de jeunes Geek parlent de la fermeture de MegaUpload. Je souris. Ce site web cache quelque chose non, une histoire, une autre histoire certainement. On ne ferme pas une plateforme qui existe depuis… Napster. Et avec autant de force, le FBI tout de même…

L’une des personnes au comptoir ressemble à Angel, ma graphiste-de-l’étage-en-dessous. Dans mon immeuble. C’est Angel en fait. La voir hors contexte me fait découvrir un nouveau talent. Etre la plus petite d’un groupe mais être la plus bruyante…

Je décide de la fixer le plus longtemps possible.
Il parait que si on regarde quelqu’un qui vous tourne le dos, on le sent.
Je vais voir.
Je regarde.
Le chiffre des mails reçus passe de 3 à 4 avec un petit son de clochette.
Je regarde Angel encore.
Je détaille plutôt Angel.
Elle est habillée Beaux-Arts. Elle déconne pas mal, et surtout avec un Geek. Jamais vu celui-là.
La bande paye les cafés, Angel se tourne vers moi.

"Hey Gonzaaague, coucouuuuu"
Repéré par la miss.
Elle prend la main du geek, qu’elle tire vers moi.

"Salut Gonzaaague, tu fais quoi ?"
"Moi, rien de spécial, je relis quelques textes et toi ?"
"Si t’es pas occupé, tu devrais venir avec nous au squat…"
"Au squat ? bonne idée, je suis à la recherche de lieux improbables…"
Je jette trois pieces dans la soucoupe. Je ferme l’ordi, le range dans mon sac à dos

C’est loin ?
"C’est presque en face. Incroyable non ?"

On part tous. Je rejoins la bande en disant un timide "Salut à tous, je suis Gonzaaague"
Angel précise "il est pas de la Police hein, il écrit"
Quelques sourires
On arpente deux ou trois rues et on s’arrête devant un immeuble qui semble inoccupé.
Un copain du Geek passe par une toute petite porte à côté. Je ne l’avais même pas vu.
Une porte tagguée découpée sur un mur taggué.
Le petit monde monte par un escalier en colimaçon étroit.
On entre dans un grand appartement.
Pas mal de monde présent.
Le Geek tape la main de quelques autres Geeks affairés sur des ordis.

Je vais voir Angel. "Bon et maintenant ?"
"Hahaaa, tu vas voir ce que tu vas voir Gonzaaague"
J’essaye de comprendre.
Son copain Geek (il s’appelle Paul, mais je l’ai su que plus tard) sort son ordi de son sac.
Il y a un masque dans le sac.
Un masque d’Anonymous.
"Angel ! Viens voir"
"Quoi ?"
"Ton copain Paul, c’est un Anonymous"
"Tu dis rien hein !"

/ to be continued /

Cette fille Francesca

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[...] suite du post précédent

Je regarde Francesca descendre du parking avec son frère Doumé.
Stella se met à courir vers son amoureux. Je ne peux m’empêcher d’esquisser un rictus. J’éprouve un frisson. Francesca prend à peine la main de son frère, virevolte sur elle-même et vient doucement vers moi, en regardant en arrière. Ses longs cheveux forment des vagues d’ébène qui scintillent. Ses hanches bougent comme les mannequins sur les défilés. Elle avance vers ma personne, sans timidité. Se plante devant moi, l’air arrogant.
"Bonjour Monsieur, je suis Francesca…" dit-elle d’une voix très douce, plantant ses yeux dans les miens. Des yeux bleus, délavés, francs, directs. Des sourcils composés d’une fine soie noire, dessinés d’un fin trait par un coup de pinceau de génie. Elle a un accent du sud bien sûr. Son prénom claque dans sa bouche pulpeuse. Une bouche bien dessinée elle aussi, comme sculpturale. J’essaie de ne pas regarder ses seins que je devine petits, que je sens joyeux, que j’espère ne pas caresser un jour. Francesca a le teint mat, une belle peau ensoleillée. Les épaules nues, de longues jambes serrées dans un Levis déchiré au dessus des genoux.
"Bonjour Francesca, je suis un ami de Stella, je m’appelle Gonzaaague, je viens de Paris… et…"
"Chuuuuut" me chuchote Francesca. "Tais-toi Monsieur le parisien"
Elle lève le doigt, un doigt fin comme une allumette, et fait mine de regarder un oiseau, un oiseau imaginaire, haut dans le ciel. "Ecoute…….. tu entends ?……….."
Elle prend une pause figée, comme pour arrêter l’espace d’un instant le doux courant d’air qui frôle ses cheveux noirs. En contre jour, je vois une sculpture minérale polie par la beauté, qui écoute le silence.
J’avais beau essayer de percevoir ce que cette créature entendait, mais je faisais chou blanc.
"Tu a vu ?" dit-elle avec un grand sourire. Elle ferme ses yeux rieurs. "T’as rien entendu hein ?" me dit-elle encore.
Je ne comprends pas ce qu’elle me dit. "Que j’écoute quoi ?…"
"Ha Haaaaaa" me dit encore Francesca, "Il est là. Tu devrais mieux écouter toi, tu n’es pas attentif…"

On a tourné le parasol, placé les couverts sur la table en bois. Lentement. En corse, on savoure l’instant. Les regards se croisent sans bruit. Les collines en face respirent l’oxygène à l’unisson. Francesca regarde en plissant les yeux le soleil plonger doucement vers la mer. Villanova est idéalement situé pour apprécier le coucher de soleil. Une mer turquoise, un banc de sable devant mélé aux pierres, un peu de verdure, juste partout tout autour.
Ce soir, ce petit coin de Corse ressemble fort au paradis.

Doumé mange en souriant à Stella. Elle est heureuse, ça se voit. Francesca me dit "Cheese", en me tapant à l’épaule.
>> Flash <<
Je suis immortalisé par cette petite déesse équipée d’un DianaF. Le bleu, en plastique. J’ai du remplir la moitié de sa pellicule, et sur tous les portraits, je dois être l’idiot de parisien.
Un instant après, elle me dit "viens, je vais te montrer quelque chose". Elle m’attrape par la main, et on se met à courir vers la mer. Elle doit être à 400 mètres de nous, pas plus. "Allezzz cours, attrape-moi"

Epilogue

Assis face à la mer, on regarde le ciel chargé de quelques petits nuages en coton jaune.
"Tu as déjà embrassé une corse ?" me dit-elle comme si elle cherchait mes limites.
"Non" dis-je en pensant oui.
"Embrasse-moi si tu veux, tu mourras pas idiot, ce soir !"
Je souris et m’approche de ses lèvres. Elle recule, par jeu.
"Allez, fais pas le timide Monsieur le parisien…." dit-elle comme une vraie allumeuse de baloche.
Je l’embrasse juste sur les lèvres. Elle sont un peu sucrées, c’est bref. C’est doux comme la peau d’une lycéenne.
Je recule et dit "Je ne mourrai pas idiot ce soir" avec un sourire idiot.
"Si Doumé l’apprend, tu es mort"
J’avale ma salive.
Tu te souviens tout à l’heure ? Ce que j’écoutais et que tu n’entendais pas….
"Oui" dis-je doucement
"Le danger…..
c’était le danger, qu’il fallait entendre…." dit-elle, l’air grave.

–à suivre–

Stella, cette fille de Corse

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Je quitte le bureau de mon éditeur.
Le sourire aux lèvres, il faut bien le dire.
Les feuillets que je lui ai laissés lui plaisent. "C’est prometteur" a-t-il dit.
Bien !
Ce grand escogriffe a été clément avec moi.
Il cherche à m’encourager je pense.
Mon sujet est fort, je le sais, et puis, même si les jours rallongent, je ne lui envoie que de la daube depuis un moment… Quand je lui envoie quelque chose…
Il devrait savoir depuis le temps que je suis bon à rien en hiver.
Mon corps doit se caler sur le froid du cosmos. Autour de la Terre, manque de molécules de plaisir certainement. Mais la chance tourne. Oui, elle tourne.

Mon vol est dans une heure est demie.
Dans le taxi, je compose le cellulaire de Stella.
Une voix grave mais féminine décroche. "Hmmmm ?"
"Je te dérange Stella ? C’est Zaaague"
Un silence. Je répète : "Stella ?"
"Rappelle plus tard ‘Zag"
Elle raccroche.
Le taxi freine violemment. Le chauffeur – qui conduit comme une patate – engueule un scoot qui traîne dans ses pattes. Les taxis de Paris. Je me tate.
Le regard des vrais durs. Le regard de ceux qui savent. Typique.
Ça a du sens ?

Quelques heures plus tard, près d’Ajaccio. Stella. Réveillée cette fois, et contente de me revoir. Stella c’est ma copine corse. On a presque été élevés ensemble. Sa petite maison se trouve en bas du village de Villanova. Pas très loin de la petite crique, en face. L’eau y est transparente, les petits bateaux peints avec un fond de pot, les chaines rouillées et le soleil accablant. Stella. Un petit bout de nana corse avec des yeux noirs, des cheveux noirs, un accent du sud et un caractère entier.
Pendant que je me ressers une part de fromage local – délicieux – Stella me dit en sautant "Faut que je te le présente Gonzaaague, faut que je te le présente".
"Qui ça ?" dis-je d’un air détaché. "Mais Doumé, mon copaindamour !!"
"Doumé ? Connais pas celui-là. Il est bien ? "
"Tu verras" me dit-elle avec un sourire si lumineux.

Epilogue

En Corse, le temps s’écoule autrement. Il ne s’écoule pas en fait.
Il glisse. Il prend son temps.
Le soleil est stoppé net dans le ciel. Je me disais bien qu’il y avait un truc spécial en Corse. Le soleil a été rapté. Il y a très longtemps.
Une Jeep s’arrête, là haut. Les pneus crissent un peu sur la voie de rocaille. Stella passent la tête à travers la porte en perles de bois. Ça fait un tiquitic tiquitic spécial cette porte en fil. Un son du sud.
Elle plisse les yeux pour voir deux personnes descendre. "Doumé" dit-elle doucement. Son coeur s’affole, c’est sûr.
Doumé. Jean ajusté, pecs, RayBan, brun, bronzé, sourire avare, un vrai branleur.
Je m’approche de l’oreille de Stel’
"Stella, c’est qui avec Doumé ?" dis-je en chuchotant.
"Ah, c’est la soeur de Doumé, Francesca, tu vas voir, elle va te plaire…"

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