Hub déménage. Il quitte enfin son bouiboui crado de la rue de Rennes.
Direction le deux pièces de sa nouvelle copine. Betty.
C’est du sérieux, je ne sais pas encore. Oui, faut croire.
Lui, il y croit. Je suis partagé entre deux sentiments, content pour lui, mais triste pour moi.
Ça fait un moment qu’ils se voient, qu’ils partagent des trucs.
De là à vouloir habiter ensemble, enfin… empilés ensemble plutôt.
Elle, c’est une petite rouquine, des tâches de son, beau sourire, des cheveux courts en bataille. Je suis sorti avec il y a deux ans. Je suis vert, mais c’est du passé.
Hub ne l’a jamais su, et Betty m’a demandé d’effacer cette histoire de ma mémoire.
Effacer, mais on peut jamais complètement.
Hubert et Betty vont bien ensemble.
Un tableau de Monet sonorisé avec Sandinista.
Rendez-vous rue de Rennes aux aurores.
Paris, le matin tôt, c’est un bonheur.
Paris ne devrait exister qu’en mode “matin tôt”.
L’air est frais. Les balayeurs qui arrosent les trottoirs, les caniveaux qui dégueulent d’eau pour nettoyer les rues en pente.
On circule facilement, les lèves-tôt sont moins arrogants, quand on en croise.
Hub est arrivé en scooter, il n’a pas de bagnole.
Je me demande même s’il a un jour passé le permis.
Je suis arrivé en Volkswagen, j’ai pas trouvé plus petit.
Une vieille Volsk orange immatriculée en Allemagne. Elle sent l’essence, c’est une voiture mécanique, zéro électronique. Un prêt pour la semaine de mon garagiste et néanmoins demi-frère.
Pratique, mais pas commode.
— Un déménagement vintage, ça te dit Hub ?
— Salut Gonzaaague, sympa ta caisse. Pas simple à remplir, mais sympa.
— Regarde derrière, il y a même le stick “Atomkraft, nein Danke”
hahaha. Ça change tout ! L’esprit seventies, je te reconnais bien là.
Dans son logement polypocket, quelques boites prêtes, de la vaisselle dépareillée, des piles de bouquins cornés, quelques vinyls, un Revox et des bandes 19.
— Tu le gardes le Revox ?
— Ché pas vieux, j’ai mille fois trop de choses, l’appart de Betty est super petit, et il est déjà plein à craquer.
— C’est craquant… Bon ça va, tant que vous êtes deux…
Il me regarde, l’air idiot… Un silence.
— Heu, tu veux dire…
— Ben ouais mec, je crois bien que… oh putain, galère…
Je tape sur l’épaule de mon copain et lui dit — Tu vas voir, ta vie va être géniale.
Je déplace les boites en pensant à Betty. La nouvelle m’a rempli de tristesse, la page est bien tournée, définitivement. Merde.
On a du réveiller Paris ce matin-là. La coccinelle pétarade pas mal, effet écho garanti dans les petites rues du 5ème, on s’approche de chez Betty.
— Dis donc, ta copine habite pas très loin de chez moi…
— Non, elle habite à une rue je crois bien.
— Ah, salut voisin ! dis-je avec un sourire qui n’y croit pas.
Putain, ils habitent à un jet de pierre de MON quartier, ma rue. Betty, merde, qu’est-ce que tu fous dans mes pattes ?…
Epilogue
Garer une coccinelle, vous avez essayé ?
Un truc étonnant sur cette auto, ce sont les pédales, quasi verticales, pas une mince affaire pour faire patiner l’embrayage. Niveau visibilité, nada. Les ailes sont très rondes, et les pare-chocs placés à 2 mètres de la voiture. Je recule. Boum, dans la Lada qui fait un bond. Je braque, boum, dans la Ka qui saute sur place.
Betty vient nous saluer. Elle est comme d’habitude, avec un je-ne sais-quoi de plus…
Charmante et délicate, toujours son petit sourire en coin. Un regard appuyé avant de m’embrasser.
— Salut Gonzaaague, sympa ta caisse !
Son parfum m’étourdi une seconde.
— Salut Betty, tu portes toujours Opium ?
— Oui, c’est mon parfum de toujours
— Il te va bien. Sympa ta rue, tu sais qu’on est voisins ?
— Ah super. Bon, les mecs, je porte quoi ?
— Ah tu portes rien, je t’assure
— Pourquoi ?
— Parce que je te le dis, tiens, prends ce petit sac si tu veux, c’est pas lourd, et puis c’est tout.
— Haha, je suis pas en sucre banane, ni enceinte ! Allez, passe-moi ce carton !
Mon regard croise celui de Hub, qui hausse les épaules…
Soudain, un petit chien foufou saute sur mes jambes. Hey, dégage toi !
Hub me dit — Gonzaaague, je te présente Diabolo, notre bébé !
J’éclate de rire.
— Hub, tu me feras toujours rire !
— Ben pourquoi ?
— Pour rien
Betty me fixe un instant, je tourne la tête vers Betty, qui détourne le regard, sourire en coin.