Je devais remonter la voiture de Jack, de Nice à Paris.
Une voiture "de collection"…
Je suis arrivé chez lui par train et bus en fin de matinée.
J’étais à Lyon pour la semaine, alors remonter de Nice en MG, j’avais pas su refuser…
— Je te fais confiance hein, pas déconner c’est une veille dame…
— Pas de problème Jack, je vais la bichonner cette caisse.
— Tiens, les clés. Bon, t’affoles pas pour l’essence, le moteur roule au 95, la conso est juste hors norme…
— Conduite à droite, vert anglais, velours et cuir… Joli modèle.
Un tour de clé et le bruit du démarreur typique lance le V8 guttural.
Ça dégagerait les bronches d’un sourd, avec ces infrabasses…
— Okay, je vois à ton sourire que ce retour devrait pas trop de coûter, Gonzaaague.
— Ça devrait aller bonhomme…
— Ciao Bello, bonne route. Appelle-moi à Paris.
— Ciao.
Une MG B GT de 75, moteur V8, toit découvrable, roues fils, j’en revenais pas.
Une "3,5 litres", ça promet quand même pas mal d’arrêts à la pompe…
Ça doit tourner entre 12 et 15 litres ce bijou.
Dans un feulement félin, la machine s’anime avec un instinct animal.
C’est parti….
…. Je roule depuis 180 kilomètres, au ras du sol, dans une double carbu à la voix grave… Un compteur gradué à 220, mais l’aiguille gentiment bloquée à 110, bien suffisant pour enquiller les 800 bornes à franchir…
Un panneau m’indique la prochaine station à 45kms
Je jette un coup d’oeil sur la jauge.
La petite aiguille blanche descend presque à vue d’oeil avec un bruit de boit-sans-soif obscène en fond sonore…
Je me fais doubler par des Porsche et autres Audi depuis deux heures, des engins résolument ancrés dans le troisième millénaire, pendant que ma jolie monture du milieu du XVè m’emmène allègrement et sans le savoir vers de nouvelles aventures dans un grondement du tonnerre…
Mon arrivée en Do majeur à la pompe tourne les têtes des fumeurs de clopes devant l’échoppe.
75 décibels se garent entre les voitures banalisées.
Pas vraiment discret.
Premier arrêt à la pompe, je vais lui remplir les babines de bibine.
Cette mécanique charpentée en alu et baignant dans l’huile de vidange respire l’union jack. Elle a déjà drôlement soif…
J’en profite pour aller chercher un café en plastique juste après le plein.
Les fumeurs de clopes, gardiens temporaires du baraquement criard essayent de faire la relation mentale entre ma monture et moi.
En sortant du préfabriqué inondé de néons et d’accents étrangers, je vois une jolie demoiselle qui doit avoir la moitié de mon âge sur le parking.
Elle reluque la MG, j’hésite à décider qui est la plus sensuelle des deux…
— Vous remontez sur Paris ? Vous m’emmenez gentil gentleman… ?
dit la sympathique créature, culottée, mais néanmoins en mini short.
— Comment savez-vous que je vais sur Paris ?
— Je le sais puisque vous m’emmenez !
Epilogue
Au deuxième arrêt 250 kilomètres plus loin, je connaissais déjà toute sa jeune vie.
J’ai écouté d’une oreille distraite sa jolie voix, mes gants en cuir attachés pour l’instant à mon destrier anglais, le lecteur de cartouches huit pistes de toute façon en panne.
Au troisième arrêt, c’était pour appeler Jack.
— Je crois que je vais garder ta voiture quelques jours si c’est possible…
— Tant que tu la bichonnes pas de souci mon coco.
Au quatrième arrêt, je connaissais le goût sucré des lèvres de Morgane.
Amusant de remonter la France en MG avec une Morgane. Pourquoi Jack n’a-t-il pas acheté une Morgane pensais-je ?
Ce quatrième arrêt, c’était chez moi. C’était bien. Morgane était parfaite, son jeune âge et sa candeur, celle du troisième millénaire étaient compatible avec mes idées du siècle dernier. La nuit a été sensuelle, la veille a été sensuelle.
Je prépare un petit dej de mon cru au moment où Morgane s’étire…
— Tu vas bien Gonzaaague ?
— Parfait oui, et toi ?
— Ça fait longtemps que tu roules en …MG ? me dit ma camarade de jeu s’installant devant le sucré proposé
— Elle n’est pas à moi, je rends service à un copain…
— Elle est pas à toi ? dit-elle sur un ton un peu candide, les cheveux ébouriffés, la tartine de marmelade dégoulinant dans son café noir…
— Non je t’assure, moi, je roule en scoot’ dans Paris, c’est plus simple…
Morgane pose sa tartine, vide de marmelade, lèche un doigt, collant de marmelade.
Prend son air le plus félin et s’approche de moi doucement.
Son tee shirt lui arrive au dessus du nombril, et ses longues jambes fines et blanches bougent à peine pour avancer lentement.
Elle s’arrête lorsque nos corps se touchent, descend sa bouche près de mon oreille en me disant :
— Tu peux me déposer en scooter alors, je crois que je suis déjà en retard…