La fille marelle

Corinne.
La joie incarnée.
Ce jour là, j’ai appris quelque chose de nouveau.
On apprend tous les jours quelque chose de nouveau à l’école.
Et certainement toute sa vie.
Ce jour j’ai appris quelque chose d’important.
On apprend des choses importantes à l’école. Et aussi dans les cours de récré.
Corinne. 9 ans, mais bien plus.
Gonzaaague, 8 ans et demi, mais bien moins. Mais ce jour là, j’ai grandi.

On a joué à la marelle. Tous les deux.
Un jour avant l’automne. Un dessin à la craie sur le bitume. Des petites boules de mousse verte dans les interstices. Les premières feuilles mortes. L’odeur de la terre et de la candeur. Des rires et des lancés de palets. Qui glissent au sol, de la Terre au Ciel.
1-2-3-4-5
je prends le palet. Retour à cloche-pied.
Je décide de tricher, et laisser gagner Corinne.
Juste pour voir ce qui va se passer…

Epilogue

Sous le préau, le lendemain, récréation. A l’abri de la pluie battante, je sens Corinne respirer près de moi. Pas de marelle aujourd’hui. Un lac à la place, et des lumières glacées.
Corinne me parle, je n’entends rien. Je regarde sa belle petite bouche bouger, articuler des choses que je ne distingue pas. Sa peau est rose, elle semble douce.
Elle prend ma main, m’entraine derrière l’un des grands piliers.
Elle me parle à l’oreille, je ne saisi qu’un mot : “secret”
La pluie redouble. Mes copains regardent les éclairs. Ma maitresse fait des signes aux jeunes spectateurs pour qu’ils reviennent en classe.
Soudain, je me retourne vers Corinne qui m’embrasse sur la bouche.
Dans la même seconde, je sens de l’électricité dans mon échine. Mes joues rougissent, ma tête cogne, et une chatouille parcourt mes reins.

Ce jour là, j’ai appris que la foudre ne tombe pas uniquement du ciel.

Elle déménage cette fille

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Hub déménage. Il quitte enfin son bouiboui crado de la rue de Rennes.
Direction le deux pièces de sa nouvelle copine. Betty.
C’est du sérieux, je ne sais pas encore. Oui, faut croire.
Lui, il y croit. Je suis partagé entre deux sentiments, content pour lui, mais triste pour moi.
Ça fait un moment qu’ils se voient, qu’ils partagent des trucs.
De là à vouloir habiter ensemble, enfin… empilés ensemble plutôt.
Elle, c’est une petite rouquine, des tâches de son, beau sourire, des cheveux courts en bataille. Je suis sorti avec il y a deux ans. Je suis vert, mais c’est du passé.
Hub ne l’a jamais su, et Betty m’a demandé d’effacer cette histoire de ma mémoire.
Effacer, mais on peut jamais complètement.

Hubert et Betty vont bien ensemble.
Un tableau de Monet sonorisé avec Sandinista.
Rendez-vous rue de Rennes aux aurores.

Paris, le matin tôt, c’est un bonheur.
Paris ne devrait exister qu’en mode “matin tôt”.
L’air est frais. Les balayeurs qui arrosent les trottoirs, les caniveaux qui dégueulent d’eau pour nettoyer les rues en pente.
On circule facilement, les lèves-tôt sont moins arrogants, quand on en croise.
Hub est arrivé en scooter, il n’a pas de bagnole.
Je me demande même s’il a un jour passé le permis.
Je suis arrivé en Volkswagen, j’ai pas trouvé plus petit.

Une vieille Volsk orange immatriculée en Allemagne. Elle sent l’essence, c’est une voiture mécanique, zéro électronique. Un prêt pour la semaine de mon garagiste et néanmoins demi-frère.
Pratique, mais pas commode.

— Un déménagement vintage, ça te dit Hub ?
— Salut Gonzaaague, sympa ta caisse. Pas simple à remplir, mais sympa.
— Regarde derrière, il y a même le stick “Atomkraft, nein Danke”
hahaha. Ça change tout ! L’esprit seventies, je te reconnais bien là.

Dans son logement polypocket, quelques boites prêtes, de la vaisselle dépareillée, des piles de bouquins cornés, quelques vinyls, un Revox et des bandes 19.
— Tu le gardes le Revox ?
— Ché pas vieux, j’ai mille fois trop de choses, l’appart de Betty est super petit, et il est déjà plein à craquer.
— C’est craquant… Bon ça va, tant que vous êtes deux…

Il me regarde, l’air idiot… Un silence.

— Heu, tu veux dire…
— Ben ouais mec, je crois bien que… oh putain, galère…
Je tape sur l’épaule de mon copain et lui dit — Tu vas voir, ta vie va être géniale.
Je déplace les boites en pensant à Betty. La nouvelle m’a rempli de tristesse, la page est bien tournée, définitivement. Merde.

On a du réveiller Paris ce matin-là. La coccinelle pétarade pas mal, effet écho garanti dans les petites rues du 5ème, on s’approche de chez Betty.
— Dis donc, ta copine habite pas très loin de chez moi…
— Non, elle habite à une rue je crois bien.
— Ah, salut voisin ! dis-je avec un sourire qui n’y croit pas.
Putain, ils habitent à un jet de pierre de MON quartier, ma rue. Betty, merde, qu’est-ce que tu fous dans mes pattes ?…

Epilogue

Garer une coccinelle, vous avez essayé ?
Un truc étonnant sur cette auto, ce sont les pédales, quasi verticales, pas une mince affaire pour faire patiner l’embrayage. Niveau visibilité, nada. Les ailes sont très rondes, et les pare-chocs placés à 2 mètres de la voiture. Je recule. Boum, dans la Lada qui fait un bond. Je braque, boum, dans la Ka qui saute sur place.

Betty vient nous saluer. Elle est comme d’habitude, avec un je-ne sais-quoi de plus…
Charmante et délicate, toujours son petit sourire en coin. Un regard appuyé avant de m’embrasser.
— Salut Gonzaaague, sympa ta caisse !
Son parfum m’étourdi une seconde.
— Salut Betty, tu portes toujours Opium ?
— Oui, c’est mon parfum de toujours
— Il te va bien. Sympa ta rue, tu sais qu’on est voisins ?
— Ah super. Bon, les mecs, je porte quoi ?
— Ah tu portes rien, je t’assure
— Pourquoi ?
— Parce que je te le dis, tiens, prends ce petit sac si tu veux, c’est pas lourd, et puis c’est tout.
— Haha, je suis pas en sucre banane, ni enceinte ! Allez, passe-moi ce carton !

Mon regard croise celui de Hub, qui hausse les épaules…
Soudain, un petit chien foufou saute sur mes jambes.  Hey, dégage toi !
Hub me dit — Gonzaaague, je te présente Diabolo, notre bébé !
J’éclate de rire.
— Hub, tu me feras toujours rire !
— Ben pourquoi ?
— Pour rien
Betty me fixe un instant, je tourne la tête vers Betty, qui détourne le regard, sourire en coin.

 

La neige, Angel et l’autre.

J’aime faire croustiller la neige fraîche.
Il fait nuit et un peu froid sur Paris.
Le quartier est désert. La neige bleue semble irréelle.
Une auto passe de temps en temps. Elle passe près mais semble loin.
Tout semble loin. les sons sont étouffés, c’est ainsi. C’est la ouate.
Pas très malin d’avoir oublié l’alcool. Stan va arriver, et ma voisine doit déjà sonner.

Je tape les bottes sur la pierre. Enlever machinalement la neige des pieds.
Je me retourne pour apprécier encore un instant Paris.
Une dame passe avec son chien. Elle a protégé la petite bête avec un manteau pour chien. J’observe ce scooter qui roule les jambes écartées. Comme un funambule qui ne sait pas encore de quel côté il va tomber. Les flocons continuent à tomber. J’en prends un au coin de l’oeil, comme un coup de courant…

Angel est toute contente de la petite soirée organisée à l’improviste chez moi.
Elle saute sur place et fait des moulinés avec ses mains. Elle parle fort, boit de l’alcool.
Son corps se dandine sur la musique en sourdine. Comme si la neige avait réglé le son de la chaîne. Les lumières sont tamisées. Nous sommes tous assis parterre, sur des coussins.
Stan est arrivé le dernier. Il s’est fait piéger par le temps. Stan, il est grand, les cheveux frisés, l’oeil aiguisé. C’est un grand timide, c’est touchant.
Stan travaille à la télé. Il fait les banc-titres sur les écrans.
Angel, c’est ma voisine du dessous, peintre ou graphiste. Même elle ne sait pas trop.

Quand tout le monde veut fumer une cigarette, on se retrouve penchés à la fenêtre.
Cet instant de convivialité – dans le moment de convivialité – est une scène en soi. Chacun a fait ses choix en matière de drogue douce. Chacun a sa manière d’allumer la tige. De tirer dessus. Les volutes se mélangent aux flocons. La neige sous notre fenêtre sera légèrement nicotinée.

En seconde partie de soirée, quand tout le monde a bien bu, les éclats de rire succèdent aux instants de réflexion profonde. Les sujets sont aussi divers que l’extinction des pingouins blancs sur l’île de Pâques, ou la manière de consommer ses fournitures de bureau. J’ai bien vu qu’Angel plaisait à Stan. Stan me regarde et semble me dire s’il te plait. Angel me sourit un peu gênée. Peut-être a-t-elle peur de trahir notre amitié avec un amour naissant, un Stan qui lui plairait.
La soirée s’achève très tard. Tout le monde est fatigué, la ouate succède à la ouate. Angel et Stan s’en vont. Sur le pas de la porte, un niveau en dessous, j’entends des “salut à bientôt” et une porte qui claque.

Epilogue.

Je décide de descendre à mon tour, profiter encore de ce Paris sourd et enneigé.
La soirée est belle, ou plutôt, les quelques heures avant le petit matin.
Mon téléphone vibre. Je tire une taf sur la Jin-Ling et regarde sur l’écran du smartphone, un oeil fermé car piqué par la fumée. Un flocon tombe sur le sms de Stan. “Dis donc, sympa ta voisine, je veux la revoir”….
Je regarde la neige qui tombe, ainsi qu’un passant sur le trottoir d’en face.
Mon téléphone vibre à nouveau. C’est un sms d’Angel : “T dors ? je ss à ta porte. Je viens de me rendre cpte que j pas le tél 2 Stan. Tu me le files ? Biz”
Mon esprit gambade encore un peu. La neige au sol est toujours bleue nuit, mais ce soir, certains flocons ont des étoiles dans les yeux. J’aime ces instants magiques. Quand deux êtres se plaisent. Ça tient à quoi ? A rien, quelques instants partagés.
J’écrase la cigarette, expire les derniers atomes de tabac vers le ciel.
Et tape mes bottes sur la pierre, avec un sourire.

Paris la nuit, wait et cette fille

Aniéla me serre de toutes ses forces. J’aime ça.
Dans nos oreilles, cette musique planante.
Le scooter ne semble faire aucun bruit en longeant les trottoirs sombres.
Les piétons enlacés font du surplace. Notre machine fend l’air de la ville. Des autos de luxe glissent sur le bitume, des limousines paradent devant les arches de la rue de Rivoli. On est à contre-sens, les Tuileries pas très loin.
je regarde les lampadaires défiler entre les arbres. Il fait nuit. C’est beau.
Dans nos yeux, les phares des bateaux-mouches.
…Peu de monde dans la Capitale… le décor s’imprime, minuscule, sur une bande magnétique.
Quand je ralentis, l’inertie du deux-roues pousse Aniéla un peu plus contre mon corps.
A ce feu rouge, nos regards sont perdus vers les étages des immeubles bourgeois. Les lumières allumées par endroit, des vies qui se déroulent en musique.
Dans cette ville magique et silencieuse.

Aux feux verts, le Vespa traverse les carrefours comme un doux travelling.
Le scooter épouse les longues courbes pour faire descendre les amants vers les quais.
Comme en apesanteur, nous sommes isolés du monde et pourtant en plein centre.
Des pierres blanches posées sur la Seine vont nous conduire à la maison. Dans le ciel anthracite, la pleine Lune.
J’emprunte le pont de Sully pour rejoindre la rive gauche.
La musique nous transporte loin.

Epilogue

L’iPod est collé sur les oreilles d’Aniéla.
La musique atmosphérique démultiplie l’effet des baisers à peine posés sur sa peau douce.
Son corps frémit et se tord de plaisir. Certaines caresses rythment l’excitation, pour la faire monter à son comble.

La lumière est éteinte.
Mais notre satellite éclaire fortement nos étreintes.

Tout n’est qu’ombres chinoises, jusqu’aux soupirs complices.
Les mains d’Aniéla, expertes en candeur… sa beauté de papier glacé et ses lèvres brûlantes… sa peau si douce capable d’allumer des incendies… par simple friction sur ma peau chaude… nos orgasmes à l’unisson et nos regards hagards…
Oui.
j’adore cette musique ce soir.

Cette fille, copine d’un geek

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Paris, un samedi en janvier.

Il fait beau malgré la saison. Une douceur même inhabituelle je trouve.
Au café à deux pas du Louvre. On y capte bien la Wifi. Mon Mac confortablement installé depuis une poignée de quarts d’heure dans ce coin de l’établissement. Je vois entrer et sortir les gens, j’aime bien. J’aime bien écouter le brouhaha des sons, les odeurs de cafés qui se mélangent à certains parfums très féminins. Un oeil sur la porte, un autre sur l’écran, à relire les quelques feuillets commandés par l’éditeur. Il attend après et mon rendez-vous est mardi prochain. De temps en temps, un chiffre blanc sur fond rouge apparait dans mon dock, sur le picto “mail”

Au comptoir, un petit groupe de jeunes Geek parlent de la fermeture de MegaUpload. Je souris. Ce site web cache quelque chose non, une histoire, une autre histoire certainement. On ne ferme pas une plateforme qui existe depuis… Napster. Et avec autant de force, le FBI tout de même…

L’une des personnes au comptoir ressemble à Angel, ma graphiste-de-l’étage-en-dessous. Dans mon immeuble. C’est Angel en fait. La voir hors contexte me fait découvrir un nouveau talent. Etre la plus petite d’un groupe mais être la plus bruyante…

Je décide de la fixer le plus longtemps possible.
Il parait que si on regarde quelqu’un qui vous tourne le dos, on le sent.
Je vais voir.
Je regarde.
Le chiffre des mails reçus passe de 3 à 4 avec un petit son de clochette.
Je regarde Angel encore.
Je détaille plutôt Angel.
Elle est habillée Beaux-Arts. Elle déconne pas mal, et surtout avec un Geek. Jamais vu celui-là.
La bande paye les cafés, Angel se tourne vers moi.

“Hey Gonzaaague, coucouuuuu”
Repéré par la miss.
Elle prend la main du geek, qu’elle tire vers moi.

“Salut Gonzaaague, tu fais quoi ?”
“Moi, rien de spécial, je relis quelques textes et toi ?”
“Si t’es pas occupé, tu devrais venir avec nous au squat…”
“Au squat ? bonne idée, je suis à la recherche de lieux improbables…”
Je jette trois pieces dans la soucoupe. Je ferme l’ordi, le range dans mon sac à dos

C’est loin ?
“C’est presque en face. Incroyable non ?”

On part tous. Je rejoins la bande en disant un timide “Salut à tous, je suis Gonzaaague”
Angel précise “il est pas de la Police hein, il écrit”
Quelques sourires
On arpente deux ou trois rues et on s’arrête devant un immeuble qui semble inoccupé.
Un copain du Geek passe par une toute petite porte à côté. Je ne l’avais même pas vu.
Une porte tagguée découpée sur un mur taggué.
Le petit monde monte par un escalier en colimaçon étroit.
On entre dans un grand appartement.
Pas mal de monde présent.
Le Geek tape la main de quelques autres Geeks affairés sur des ordis.

Je vais voir Angel. “Bon et maintenant ?”
“Hahaaa, tu vas voir ce que tu vas voir Gonzaaague”
J’essaye de comprendre.
Son copain Geek (il s’appelle Paul, mais je l’ai su que plus tard) sort son ordi de son sac.
Il y a un masque dans le sac.
Un masque d’Anonymous.
“Angel ! Viens voir”
“Quoi ?”
“Ton copain Paul, c’est un Anonymous”
“Tu dis rien hein !”

/ to be continued /

Cette fille Francesca

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[...] suite du post précédent

Je regarde Francesca descendre du parking avec son frère Doumé.
Stella se met à courir vers son amoureux. Je ne peux m’empêcher d’esquisser un rictus. J’éprouve un frisson. Francesca prend à peine la main de son frère, virevolte sur elle-même et vient doucement vers moi, en regardant en arrière. Ses longs cheveux forment des vagues d’ébène qui scintillent. Ses hanches bougent comme les mannequins sur les défilés. Elle avance vers ma personne, sans timidité. Se plante devant moi, l’air arrogant.
“Bonjour Monsieur, je suis Francesca…” dit-elle d’une voix très douce, plantant ses yeux dans les miens. Des yeux bleus, délavés, francs, directs. Des sourcils composés d’une fine soie noire, dessinés d’un fin trait par un coup de pinceau de génie. Elle a un accent du sud bien sûr. Son prénom claque dans sa bouche pulpeuse. Une bouche bien dessinée elle aussi, comme sculpturale. J’essaie de ne pas regarder ses seins que je devine petits, que je sens joyeux, que j’espère ne pas caresser un jour. Francesca a le teint mat, une belle peau ensoleillée. Les épaules nues, de longues jambes serrées dans un Levis déchiré au dessus des genoux.
“Bonjour Francesca, je suis un ami de Stella, je m’appelle Gonzaaague, je viens de Paris… et…”
“Chuuuuut” me chuchote Francesca. “Tais-toi Monsieur le parisien”
Elle lève le doigt, un doigt fin comme une allumette, et fait mine de regarder un oiseau, un oiseau imaginaire, haut dans le ciel. “Ecoute…….. tu entends ?………..”
Elle prend une pause figée, comme pour arrêter l’espace d’un instant le doux courant d’air qui frôle ses cheveux noirs. En contre jour, je vois une sculpture minérale polie par la beauté, qui écoute le silence.
J’avais beau essayer de percevoir ce que cette créature entendait, mais je faisais chou blanc.
“Tu a vu ?” dit-elle avec un grand sourire. Elle ferme ses yeux rieurs. “T’as rien entendu hein ?” me dit-elle encore.
Je ne comprends pas ce qu’elle me dit. “Que j’écoute quoi ?…”
“Ha Haaaaaa” me dit encore Francesca, “Il est là. Tu devrais mieux écouter toi, tu n’es pas attentif…”

On a tourné le parasol, placé les couverts sur la table en bois. Lentement. En corse, on savoure l’instant. Les regards se croisent sans bruit. Les collines en face respirent l’oxygène à l’unisson. Francesca regarde en plissant les yeux le soleil plonger doucement vers la mer. Villanova est idéalement situé pour apprécier le coucher de soleil. Une mer turquoise, un banc de sable devant mélé aux pierres, un peu de verdure, juste partout tout autour.
Ce soir, ce petit coin de Corse ressemble fort au paradis.

Doumé mange en souriant à Stella. Elle est heureuse, ça se voit. Francesca me dit “Cheese”, en me tapant à l’épaule.
>> Flash <<
Je suis immortalisé par cette petite déesse équipée d’un DianaF. Le bleu, en plastique. J’ai du remplir la moitié de sa pellicule, et sur tous les portraits, je dois être l’idiot de parisien.
Un instant après, elle me dit “viens, je vais te montrer quelque chose”. Elle m’attrape par la main, et on se met à courir vers la mer. Elle doit être à 400 mètres de nous, pas plus. “Allezzz cours, attrape-moi”

Epilogue

Assis face à la mer, on regarde le ciel chargé de quelques petits nuages en coton jaune.
“Tu as déjà embrassé une corse ?” me dit-elle comme si elle cherchait mes limites.
“Non” dis-je en pensant oui.
“Embrasse-moi si tu veux, tu mourras pas idiot, ce soir !”
Je souris et m’approche de ses lèvres. Elle recule, par jeu.
“Allez, fais pas le timide Monsieur le parisien….” dit-elle comme une vraie allumeuse de baloche.
Je l’embrasse juste sur les lèvres. Elle sont un peu sucrées, c’est bref. C’est doux comme la peau d’une lycéenne.
Je recule et dit “Je ne mourrai pas idiot ce soir” avec un sourire idiot.
“Si Doumé l’apprend, tu es mort”
J’avale ma salive.
Tu te souviens tout à l’heure ? Ce que j’écoutais et que tu n’entendais pas….
“Oui” dis-je doucement
“Le danger…..
c’était le danger, qu’il fallait entendre….” dit-elle, l’air grave.

–à suivre–

Stella, cette fille de Corse

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Je quitte le bureau de mon éditeur.
Le sourire aux lèvres, il faut bien le dire.
Les feuillets que je lui ai laissés lui plaisent. ”C’est prometteur” a-t-il dit.
Bien !
Ce grand escogriffe a été clément avec moi.
Il cherche à m’encourager je pense.
Mon sujet est fort, je le sais, et puis, même si les jours rallongent, je ne lui envoie que de la daube depuis un moment… Quand je lui envoie quelque chose…
Il devrait savoir depuis le temps que je suis bon à rien en hiver.
Mon corps doit se caler sur le froid du cosmos. Autour de la Terre, manque de molécules de plaisir certainement. Mais la chance tourne. Oui, elle tourne.

Mon vol est dans une heure est demie.
Dans le taxi, je compose le cellulaire de Stella.
Une voix grave mais féminine décroche. “Hmmmm ?”
“Je te dérange Stella ? C’est Zaaague”
Un silence. Je répète : “Stella ?”
“Rappelle plus tard ‘Zag”
Elle raccroche.
Le taxi freine violemment. Le chauffeur – qui conduit comme une patate – engueule un scoot qui traîne dans ses pattes. Les taxis de Paris. Je me tate.
Le regard des vrais durs. Le regard de ceux qui savent. Typique.
Ça a du sens ?

Quelques heures plus tard, près d’Ajaccio. Stella. Réveillée cette fois, et contente de me revoir. Stella c’est ma copine corse. On a presque été élevés ensemble. Sa petite maison se trouve en bas du village de Villanova. Pas très loin de la petite crique, en face. L’eau y est transparente, les petits bateaux peints avec un fond de pot, les chaines rouillées et le soleil accablant. Stella. Un petit bout de nana corse avec des yeux noirs, des cheveux noirs, un accent du sud et un caractère entier.
Pendant que je me ressers une part de fromage local – délicieux – Stella me dit en sautant “Faut que je te le présente Gonzaaague, faut que je te le présente”.
“Qui ça ?” dis-je d’un air détaché. “Mais Doumé, mon copaindamour !!”
“Doumé ? Connais pas celui-là. Il est bien ? “
“Tu verras” me dit-elle avec un sourire si lumineux.

Epilogue

En Corse, le temps s’écoule autrement. Il ne s’écoule pas en fait.
Il glisse. Il prend son temps.
Le soleil est stoppé net dans le ciel. Je me disais bien qu’il y avait un truc spécial en Corse. Le soleil a été rapté. Il y a très longtemps.
Une Jeep s’arrête, là haut. Les pneus crissent un peu sur la voie de rocaille. Stella passent la tête à travers la porte en perles de bois. Ça fait un tiquitic tiquitic spécial cette porte en fil. Un son du sud.
Elle plisse les yeux pour voir deux personnes descendre. “Doumé” dit-elle doucement. Son coeur s’affole, c’est sûr.
Doumé. Jean ajusté, pecs, RayBan, brun, bronzé, sourire avare, un vrai branleur.
Je m’approche de l’oreille de Stel’
“Stella, c’est qui avec Doumé ?” dis-je en chuchotant.
“Ah, c’est la soeur de Doumé, Francesca, tu vas voir, elle va te plaire…”

Cette fille, la touareg

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Place des Vosges, en plein désert.
On peut se balader à Paris, dans les dunes, laisser des traces de pas dans le sable, être au dessous du soleil brûlant. Le désert est éblouissant. Un mirage.
Cette touareg me regarde fixement.
Elle a la peau cuivrée. Un peu plus petite que moi, mais les hanches plus hautes. Des proportions divines…
Machinalement, je pose ma main sur une courbe. Elle ne bouge pas. Ne dit rien. Elle me regarde profondément…
Cette créature est très peu vétue. Pour quoi faire, en plein désert, avec la peau mate. Je suis saturé de lumière, une perle de sueur roule sur mon front. Elle galope et virevolte.
Je caresse la peau douce, de cette beauté ravageuse. Tannée par le soleil, cuite par la chaleur, un plaisir à goûter au ralenti.
Je ferme les yeux, je remonte ma main vers sa poitrine. Les tétons en l’air, une forme de seins dressée vers le ciel pur, des seins légers et lourds, une proportion parfaite, une symétrie ex aequo.
Les quelques chiffons enroulés sur son corps rendent celui-ci encore plus sexy. Un vrai talent excitant. La nature est bien faite.
Avec mon pouce je caresse sa lèvre pulpeuse. Comme ses seins gourmands, ses lèvres sont une invitation au plaisir millénaire. Quelque chose d’animal. D’essentiel.

Epilogue

“Elle vous plait ?”
La galériste m’observait depuis 5 ou 6 minutes. C’est un “LeBaron-Rodrijsky, une très belle pièce en bronze…  exemplaire unique”
Ce réveil était un peu brutal. Je regarde à travers la porte vitrée. Je suis bien Place des Vosges. Dans une galerie Place des Vosges. En plein Paris.
“Combien ?” dis-je faussement intêressé…
“63000, mais c’est négociable…”
“Je vais réfléchir, merci”, dis-je avec un sourire tout en ouvrant la porte.

Les yeux verts de cette fille

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J’aime ses yeux verts.
J’aime les yeux verts en général, et les siens en particulier.
Autour de ses yeux, la génétique a construit un petit être en forme de fille.
Un être unique, une artiste.
Angel.
Première fois que je rentre dans son appart.
Une drôle d’odeur, mélange de thérébentine et de parfum.

Angel m’a invité à l’heure du thé.
Elle sait que j’aime le thé. Elle n’aime pas je lui mente.
Aucune raison, un thé à la menthe, c’est la vérité.
J’étais à l’heure.

“Pas beaucoup de lumière chez toi”
Angel est dans la cuisine “J’arrive” dit-elle “mets-toi à l’aise”
Au mur des photos, au sol des dessins, contre le mur des cartons à dessin.
“Tu dessines bien, dis donc”
Angel repasse dans la pièce principale
“J’aime pas trop quand on dit ça, ça veut rien dire”
Je préfère ne rien dire, tout en continuant à feuilleter de la cellulose plein d’encre.

“Elle est pas à l’heure ta copine”
“Normal”
Au même moment, un bruit de grattement d’ongles sur la porte, c’est Anne, sa copine.
Je me demande bien pourquoi Angel veut absolument me présenter cette personne.

Une petite rouquine avec des tâches de rousseur entre dans la pénombre. Des collants rouges, une silhouette arty, la petite parisienne branchée, lunettes à grosse monture à la mode. “Salut Gonzaaague, LE fameux Gonzaaague…”
“Bonjour Anne, LA fameuse Anne…” dis-je par mimétisme…
Un sourire. Je note + deux pour le sourire. Catégorie très craquant.
“Alors, il parait que tu es aux Beaux-Arts aussi ?” dis-je tout en remarquant qu’elle aussi à des yeux verts, d’un vert magnifique.
“Oui, avec Angel, on a pas les mêmes cours tout à fait, mais on se suit depuis la première année…” “Ça se voit” dis-je en pensant aux yeux verts…
Angel sert à Anne un jus de pommes. Je rebois une gorgée de thé.
J’ai envie de briser un peu la glace. En fait, je suis mal à l’aise. Je regarde Angel. Anne me regarde, je finis mon verre de thé. Je remarque que les feuilles de thé ont des formes douces au fond du récipient.
“Je vais vous laisser papoter les filles, mon petit appart’ du dessus m’attend”
“Je peux venir ?” dit Anne
Angel se gausse “Gonzaaague, tu tiens pas en place, tu viens juste d’arriver…”
“Bises Angel, j’embarque ta copine tu vois…”
“Et moi aussi, je monte avec vous”

Epilogue

“Ça me gène un peu cette demande” dis-je à Angel
“Pourquoi ? Je vois pas en quoi c’est génant de poser pour deux nanas aux Beaux-Arts…” Dis Angel sur un ton espiègle… Anne se marre, complétement affalée dans le sofa, et un peu pompette aussi.
“Oui, mais à oualpé quand même. J’ai jamais posé, et encore moins nu…”
“Les modèles, on les dessine au fusain, les poses sont rapides” dit Angel.
“T’inquiètes” dit Anne, “il n’y a que deux solutions de toute façon, soit tu es modèle et bien gaulé et on te matte, soit t’es normal et on te dessine.”

“Soit on te croque…”, dit Angel contente d’elle.

Cette fille perdue

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Odessa a failli faire une overdose. De justesse. J’ai appris ça ce matin.
J’avais pas de nouvelles d’elle depuis des semaines. C’est comme ça avec Odessa. On se voit. On se voit pas. Elle est parti à Hambourg. Avec JC.
Je connais pas Hambourg. Pourquoi Hambourg ? Il doit faire froid là-bas en octobre-novembre.

C’est mon pote qui me l’a dit. Enfin, mon pote, façon de parler.
Un pote.
Il connait le copain d’Odessa, ce JC. Un vrai connard ce mec.
Bon, c’est comme ça. Un junkie. Un connard de junkie qui bousille Odessa. Moi je l’aime Odessa. J’aime son sourire et son fichu caractère. J’aime sa peau douce et son tempérament rugueux. J’aime la voir jouir et aussi pleurer devant Les Ailes du Silence. Et ses clopes. Ses Jin ling pourries, mais elle a laissé un sac avec une cartouche. Je fume des Jin Ling en pensant à Odessa. A chaque fois.
Je vais appeler JC, mon pote, enfin, le pote, il m’a filé son numéro.

Putain.
Une overdose, j’en reviens pas.

Je regarde, perdu, le noir du ciel, ce noir humide de Paris à l’approche de l’hiver.
Je regarde le vieux magnétoscope. Il affiche 23h49 en digital bleu. Un bleu que je connais, ça va me revenir… c’est assez beau, cette heure façon années 90. Le temps coule dans cette machine à quartz, mais en fait.
Il est ailleurs.

Un petit vent glacial passe par la fenêtre entr’ouverte. La Jin Ling fume un peu vert en se superposant à l’espace urbain JC Decaux jaune. Une nana se déplace en bas, ses talons claquent. Ça résonne. Il a plu, son reflet s’étire et scintille.

Epilogue

“Putain, mais JC, Odessa, elle est fragile…. Faut arrêter tes conneries là….. Tu revois pas Odessa. Odessa, elle boit de l’eau, elle respire de l’air, c’est tout. Elle fait plus d’overdose putainnn, ça m’énerve ça….”
Je balance le combiné du vieux téléphone à cadran, et rate mon but. Je réfléchis. Hambourg, combien de bornes ?
Le vieux JVC affiche 4:21. En bleu canard VC.
Je rallume une Jin ling, et fait tomber un magazine par terre. Il s’ouvre sur les pages centrales, un article sur le pape, et une image de JC sur la croix.

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